Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie
du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise...
La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières
années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Et paradoxalement, en 2011, comme les années passées*, tous les lecteurs ont souligné
d’une voix unanime la valeur de l’écrit scientifique en langue française et sa place
dans leur formation continue (84 % des praticiens interrogés reconnaissaient dans
la presse médicale un élément essentiel dans leur formation, devant la participation
à un congrès [73 %], la lecture de manuels [72 %], l’Internet [66 %] et les séances d’enseignements
postuniversitaires [EPU] organisées par les associations professionnelles [51 %]).
C. Damour-Terrasson
La formation continue des médecins libéraux figure parmi les sujets qui, au fil
du temps, ont le plus inspiré les ministres de la Santé successifs, l’un défaisant
ce que l’autre avait mis en place avant lui. Le pire, c’est qu’à chaque fois la gestation
des nouveaux dispositifs de formation est tellement longue qu’ils n’ont pas le temps d’être
appliqués, ou si peu, avant d’être balayés. Dernier exemple en date, il aura fallu attendre
12 ans les décrets d’application de la dernière réforme de 1994, instaurant la formation
médicale continue (FMC) et l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP), qui sont
dès à présent balayés par la loi Bachelot et son développement professionnel continu (DPC).
Ce nouveau dispositif fera-t-il exception à la règle ?
M. Chassang
En une dizaine d’années, la santé des personnes souffrant de troubles psychiatrique
est devenue une préoccupation majeure. En effet, les patients, de même
que leurs familles et les soignants, ont été alertés par leurs prises de poids parfois
spectaculaires en l’espace de quelques mois, et par l’apparition d’un diabète de type 2
avant qu’ils n’atteignent l’âge de 40 ans. Partout dans le monde, des études ont été menées
pour mesurer l’ampleur de ce phénomène. Elles ont toutes révélé que les personnes
souffrant de troubles psychiatriques graves (y compris le trouble bipolaire)
étaient 2 fois plus susceptibles de présenter un syndrome métabolique que la population
générale, la prévalence allant de 35 à 55 % de ces patients selon les régions
P. Thomas
La schizophrénie est fortement corrélée à un risque cardiovasculaire et métabolique accru, à l’origine
d’une surmortalité − avec les morts violentes − par rapport à la population générale. Les causes de cet
accroissement du risque sont multiples et ne peuvent se résumer, comme parfois évoqué, au seul effet des
médicaments antipsychotiques. On dénombre ainsi des facteurs liés à la maladie elle-même (insulinorésistance,
importance de la symptomatologie négative, etc.), au mode de vie (sédentarité, tabagisme, régime
alimentaire et consommation de substances psychoactives), mais aussi à des caractéristiques d’organisation
sociale (liées notamment à un accès aux soins plus difficile). Le risque vasculaire et métabolique élevé
associé à la schizophrénie s’avère être un réel problème de santé publique, pour lequel des programmes
de prise en charge spécifiques doivent être mis en place.
T. Charpeaud, L. Samalin, P.M. Llorca
» Les effets métaboliques des traitements antipsychotiques de seconde génération (AP2G) sont maintenant
reconnus. Ils peuvent mettre en jeu le pronostic vital des patients et survenir même après une courte
période d’exposition.
» De ce point de vue, il existe des différences entre les divers AP2G et des variations individuelles
marquées. Par exemple, l’olanzapine paraît associée à un risque plus élevé d’augmentation de l’ensemble
des paramètres du syndrome métabolique. De même, la clozapine, l’olanzapine, le sertindole et la zotépine
entraînent des prises de poids plus importantes que les autres AP2G.
» La survenue de tels effets indésirables nécessitant une adaptation rapide du traitement, une surveillance
très régulière des paramètres métaboliques est recommandée, mais elle est très rarement pratiquée.
M. Tournier, B. Bégaud, H. Verdoux
Les médicaments antipsychotiques (AP), et particulièrement les antipsychotiques dits atypiques (APA),
provoquent des troubles du métabolisme glucidolipidique. Ils induisent une hyperphagie qui participe
à la prise de poids et aux troubles métaboliques. Des modèles de rongeurs ont permis de reproduire
partiellement les désordres métaboliques observés en clinique et d’étudier les anomalies des boucles
de régulation métabolique. Les études réalisées ex vivo et in vitro ont montré que les AP, et surtout les
APA, perturbaient le métabolisme glucidolipidique en agissant directement sur le foie, le tissu adipeux,
les muscles, et les îlots ß du pancréas, en modifiant l’expression de gènes qui contrôlent le métabolisme
glucidolipidique. Cet article rapporte les principaux résultats des études portant sur les effets des AP sur
le métabolisme glucidolipidique chez les rongeurs et in vitro.
P. Duriez, F. Auger, F. Martin, R. Bordet, E. Lauressergues
» Les CEIP-Addictovigilance développent divers outils épidémiologiques afin de répondre à leur mission
d’évaluation et de recherche sur la pharmacodépendance.
» Les données disponibles à l’heure actuelle, portant sur des populations spécifiques, ne permettent pas
d’évaluer les modalités d’usage des médicaments psychotropes dans la population générale ni de déterminer
les caractéristiques des consommateurs, notamment les sujets présentant une surconsommation.
» Le développement de nouvelles méthodes pharmacoépidémiologiques à partir des bases de données
de l’Assurance maladie est préconisé.
» L’analyse en classes latentes permet de répondre à ces objectifs, en caractérisant des profils de
consommateurs et en quantifiant les consommations problématiques de médicaments psychotropes dans
la population générale.
L. Wainstein, C. Victorri-Vigneau, P. Jolliet
Dans certains milieux spécialisés, on
surnomme les sénateurs “les pères conscrits”.
L’appellation remonte au Sénat romain,
traduction de “patres conscriptis”, à l’époque
où l’inscription officielle de chaque sénateur
commençait à être consignée dans un registre
spécial. Conscrit, d’après son origine latine,
signifie “inscrit”. Du temps où un service
militaire existait en France, les conscrits
étaient des jeunes gens nés la même année
(la “classe”) et inscrits sur la liste des appelés
sous les drapeaux. L’appel aux armes ne
s’adresse plus qu’à des professionnels. Mais
l’habitude du banquet des conscrits demeure.
Il ne faut jamais laisser perdre une occasion
de passer à table.
A. Corton